Une année Saint-Joseph 2020 - 2021 avec le Pape François

Le 8 décembre 1870, jour de la fête de l'Immaculée Conception, le pape Pie IX a déclaré, officiellement et solennellement, « Saint Joseph Patron de l'Eglise Universelle ». Pour marquer le 150ème anniversaire de cet événement, le pape François a choisi de dédier une année spéciale à l'époux de la Vierge Marie, père nourricier (on dit aussi « putatif ») de Jésus, du 8 décembre 2020 au 8 décembre 2021. Ainsi, avec tous les catholiques du monde, nous sommes conviés à regarder en direction de Saint Joseph, et à trouver en lui une figure inspirante pour aujourd'hui. 

Les trois Joseph de la Bible 

Il y a trois Joseph dans la Bible : Joseph fils du patriarche Jacob, Joseph le charpentier l'époux de la Vierge Marie, et Joseph d'Arimathie qui donna un tombeau au Seigneur Jésus. Ils ne sont pas étrangers l'un à l'autre ! Déjà dans sa proclamation du 8 décembre 1870, le pape Pie IX expliquait : « De même que Dieu établit le patriarche Joseph, fils de Jacob gouverneur de toute l'Egypte, pour assurer au peuple le froment nécessaire à la vie, ainsi, lorsque furent accomplis les temps où l'Eternel allait envoyer sur la terre son Fils unique pour racheter le monde, il choisit un autre Joseph dont le premier était la figure, il l'établit seigneur et prince de sa maison et de ses biens ; il commit à sa garde ses plus riches trésors ». 

Etymologiquement, le nom « Yowceph » est le participe passé du verbe hébreu « IaSaPh » qui signifie « augmenter ». Dans le Livre de la Genèse, il est ainsi mentionné que lorsque Rachel enfanta son nouveau garçon, « elle le nomma Joseph en disant : Que l'Eternel m'ajoute un autre fils ! ». Ce prénom peut être ainsi traduit par « Dieu ajoute » ou « Dieu augmente ». 

On connait l'histoire de Joseph, fils de Jacob et de Rachel, à Harân (située au sud de la Turquie actuelle), il y a quelque dix-huit siècles avant notre ère, que raconte le Livre de la Genèse (du chapitre 37 au chapitre 50). Il est vendu comme esclave en Egypte par ses frères jaloux. Mais remarqué pour son intelligence, sa droiture, sa beauté aussi, ainsi que pour sa capacité à interpréter les songes, il accède à la Cour de Pharaon et il devient un des ministres de celui-ci, puis le gouverneur de l'Egypte. Capable de miséricorde, il pardonne à ses frères, les sauve de la famine et les aide à s'établir dans le pays. Il est le père de Manassé et d'Ephraim. 

Joseph fils de Jacob est une figure prophétique annonciatrice du Christ Jésus, car le Christ lui aussi a été vendu par les siens. Lui aussi a pardonné à ses frères et les a sauvés, en particulier sauvés de la famine spirituelle en s'offrant à eux (nous) comme Pain de Vie. 

Mais Joseph fils de Jacob est également une sorte de « moule » ou de « matrice » de Joseph époux de la Vierge Marie. Car tous deux ont des songes. Tous deux sont chastes (Joseph fils de Jacob ayant su mettre à distance la femme de Putiphar qui le harcelait). Tous deux ont la garde de leur famille. Tous deux sont descendus en Egypte. Tous deux sont des justes... 

Le troisième Joseph, Joseph d'Arimathie, est également un homme juste. Tel Joseph fils de Jacob qui veilla à la sépulture de son père Jacob (Genèse 50), le Joseph des heures de la Passion de Jésus prit soin du corps mort de ce dernier (Matthieu 27, 57). Alors que Joseph époux de Marie avait mis Jésus nouveau-né dans un berceau de fortune, Joseph d'Arimathie déposa le corps du Seigneur dans un tombeau de secours. 

Ces correspondances entre « les trois Joseph » ne sont pas des coïncidences : elles ont une signification spirituelle. Chacun de ces Joseph a bien « ajouté » quelque chose à l'œuvre de Dieu.

Joseph époux de Marie : un homme juste 

Dans l'Evangile de Matthieu (Mat 1, 24 et Mt 2, 14-21), Joseph apparaît comme un homme qui a un rapport juste avec Dieu. Il cherche à se conformer le plus possible à ce que Dieu attend de lui. 

Dans l'Evangile de Luc (Lc, 2, 21-24 et Lc 2, 41), d'autres aspects sont soulignés. Joseph se conforme à la loi juive en faisant circoncire l'enfant, en le présentant avec sa mère au Temple de Jérusalem, et en se rendant chaque année dans la capitale de David avec les siens pour la fête de la Pâque. 

Surtout, Joseph mérite le titre biblique de « juste » parce qu'il n'a pas voulu renvoyer publiquement Marie enceinte d'un autre que lui (il avait choisi une répudiation privée qu'il n'eut pas à appliquer). Il va prendre Marie chez lui conformément à ce qui lui fut révélé en songe, et accepter d'être considéré comme le père de Jésus. Il se rend à Bethléem pour le recensement, obéissant à la volonté des autorités romaines. Mais quand a lieu la persécution d'Hérode, il emmène son épouse et l’enfant en terre d'Egypte, avant de revenir ensuite s'installer à Nazareth. 

Joseph époux de Marie, comme Joseph fils de Jacob (au demeurant, selon la généalogie de Jésus déroulée dans l'Evangile de Matthieu, le père de Joseph époux de Marie s'appelait aussi Jacob !), était un homme habité par Dieu, tout tourné vers les autres et non point centré sur lui. 

Les songes de Joseph le charpentier 

Dans la tradition biblique, les songes font partie des chemins empruntés par la Révélation divine. Joseph fils de Jacob avait dix-sept ans seulement quand, faisant paître les troupeaux, il eut un premier songe : liant des gerbes dans un champ avec ses frères, il vit sa gerbe se lever et les gerbes de ses frères se prosterner devant. Puis survint un deuxième songe : le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant lui ! Ces visions traçaient sa vocation. 

De Joseph, époux de Marie, les Evangiles ne rapportent aucune parole, mais ils nous racontent ses songes, par lesquels Dieu lui a indiqué les voies à parcourir pour que s'accomplissent ses desseins. 

Le premier songe (Mat 1, 18-25) l'a invité à accepter Marie comme son épouse malgré la grossesse qui ne venait pas de lui, et à donner à Jésus son nom. 

Le second songe (Mat 2, 13) l'a incité à prendre, avec Marie et l'enfant, la route de l'exil en Egypte, afin de préserver la vie du nourrisson. 

Le troisième songe (Mat 2, 19) l'a conduit à revenir d'Egypte. 

Le quatrième songe (Mat 2, 22-23) l'a appelé à s'installer à Nazareth, dans le village de son épouse. 

« Lève-toi ! Prends avec toi l'enfant et sa mère et fuis en Egypte » avait dit la voix du songe à Joseph. Celui-ci connaissait l'histoire de Joseph fils de Jacob comme celle de Moïse, les deux patriarches ayant quelque chose à voir avec l'Egypte, mais aussi avec le salut des tribus de Jacob-Israël. En se levant et en prenant deux fois la route, non seulement Joseph a pris ses responsabilités, mais il a aussi contribué à l'Œuvre rédemptrice de Dieu. Dans son cœur se trouvait une espérance nourrie par la connaissance de l'histoire de l'Alliance.

La lettre apostolique « Patris Corde » du pape François

Pour lancer l'Année Saint Joseph, le pape François a publié, le 8 décembre 2020, une lettre apostolique d'une quinzaine de pages intitulée « Patris corde », « Avec un cœur de père ». Il y écrit notamment : « Nous pouvons tous trouver en Saint Joseph l'homme qui passe inaperçu, l'homme de la présence quotidienne, discrète et cachée, un intercesseur, un soutien et un guide dans les moments difficiles. Saint Joseph nous rappelle que tous ceux qui, apparemment, sont cachés ou en « deuxième ligne » jouent un rôle inégalé dans l'histoire du salut »

Le pape met particulièrement en avant une « paternité dans la tendresse », qui est le reflet de la tendresse de Dieu lui-même : « Joseph a vu Jésus grandir jour après jour « en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » (Luc 2, 52). Tout comme le Seigneur avait fait avec Israël, « il lui a appris à marcher, en le tenant par la main. Il était pour lui comme un père qui soulève un nourrisson tout contre sa joue. Il se penchait vers lui pour lui donner à manger » (Cf Osée 11, 3-4) ».

Le pape François relève encore que Joseph est « père dans l'accueil » : « Joseph accueille Marie sans fixer de conditions préalables. Il se fie aux paroles de l'Ange. La noblesse de son cœur lui fait subordonner à la charité ce qu'il a appris de la loi. Et aujourd'hui, en ce monde où la violence psychologique, verbale et physique envers la femme est patente, Joseph se présente comme une figure d'homme respectueux, délicat qui, sans même avoir l'information complète, opte pour la renommée, la dignité et la vie de Marie. »

Dans sa lettre apostolique que chacun-e est invité-e à lire dans sa totalité, le pape reprend, aussi, bien entendu, les thèmes plus communs de « père travailleur » et de « père dans l'ombre ». A propos de la paternité de Joseph à l'égard de Jésus, et au sujet de la qualification traditionnelle de Joseph comme « très chaste », François note : « On ne nait pas père, on le devient. Et on ne le devient pas seulement parce qu'on met au monde un enfant, mais parce qu'on prend soin de lui de manière responsable. Toutes les fois que quelqu'un assume la responsabilité de la vie d'un autre, dans un certain sens, il exerce une paternité à son égard. (…). Être père signifie introduire l'enfant à l'expérience de la vie, à la réalité. Ne pas le retenir, ne pas l'emprisonner, ne pas le posséder, mais le rendre capable de choix, de liberté, de départs. C'est peut-être pourquoi, à côté du nom de père, la tradition a qualifié Joseph de « très chaste ». Ce n'est pas une indication simplement affective, mais la synthèse d'une attitude qui exprime le contraire de la possession. La chasteté est le fait de se libérer de la possession dans tous les domaines de la vie. C'est seulement quand un amour est chaste qu'il est vraiment amour. » 

La prière à Saint Joseph du pape François 

Salut, gardien du Rédempteur,

époux de la Vierge Marie !

A toi Dieu a confié son Fils ;

en toi Marie a remis sa confiance ;

avec toi le Christ est devenu homme. 

Ô bienheureux Joseph,

montre-toi aussi un père pour nous,

et conduis-nous sur le chemin de la vie.

Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage,

et défends-nous de tout mal.

Amen.

Le sanctuaire de Saint Joseph de Montluzin, à Chasselay, et ses liens avec Lourdes

La dévotion à l'égard de Saint Joseph s'est développée progressivement dans l'histoire de l'Eglise. Sainte Thérèse d'Avila, au XVIème siècle, se recommandait beaucoup aux prières du père nourricier de Jésus, et elle incitait les autres à faire de même. Mais c'est surtout au XIXème siècle, avec l'apparition d'un nouveau modèle familial (la famille nucléaire urbaine), que cette dévotion a pris une grande importance dans l'Eglise Catholique, plusieurs congrégations religieuses se créant sous son vocable, et plusieurs sanctuaires lui étant dédiés à travers le monde. 

Dans le diocèse de Lyon, un sanctuaire consacré à Saint Joseph existe, depuis les années 1870, sur le territoire de la commune de Chasselay, au lieudit Montluzin. Il est habité depuis quelques années par une communauté nouvelle qui s'est appelée « Famille de Saint Joseph ». L'histoire de ce lieu de pèlerinage mérite d'être rappelée. 

A l'origine de ce sanctuaire, il y a, en effet, trois sœurs très pieuses restées célibataires, qui possédaient par héritage, à Chasselay, près de Lyon, une grosse demeure appelée « château de Mont-Luzin » (située sur le lieu d'un ancien château du XIIème siècle) où elles avaient fait construire une chapelle et avaient établi un dispensaire confié pendant quelques années aux sœurs de Saint Vincent de Paul : les Demoiselles Lacour (Césarine, Marie-Elfride et Marie-Sabine). Comme la plupart des Français de l'époque, ces trois femmes ont été bouleversées et enthousiasmées par les apparitions de Lourdes de 1858. En 1862, elles se sont rendues dans la cité pyrénéenne. Elles y ont rencontré à plusieurs reprises le curé, l'abbé Dominique Peyramale, mais aussi, une fois, Bernadette Soubirous. C'est lors d'un deuxième voyage, en 1863, que les deux sœurs survivantes (après le décès de Césarine, l'aînée) eurent l'idée de faire réaliser, pour la grotte de Lourdes, une statue de la Vierge des apparitions dont la création allait être confiée au célèbre sculpteur lyonnais Joseph Fabish (qui avait déjà réalisé la Vierge dorée qui domine la basilique de Fourvière). Le site de Montluzin possède d'ailleurs une maquette de cette statue faite à partir des indications de Bernadette, assez différente de la statue finale. En 1864, l'abbé Peyramale viendra se reposer au château de Mont-Luzin, consacrant ainsi les liens entre Chasselay et Lourdes. Les Demoiselles Lacour avaient fait la connaissance, à Lourdes, des Sœurs de la Charité de Nevers. C'est à elles que, en 1867, la dernière des sœurs Lacour vivante, Marie-Sabine, légua la propriété de Mont-Luzin. La Congrégation entra légalement en possession de Mont-Luzin en 1872. Mais le site manquait d'eau. Le couvent de Nevers comptait parmi ses sœurs une contemplative réputée pour ses dons extraordinaires de clairvoyance, la sœur Saint-Cyr Jollet. On la sollicita. Celle-ci, après avoir prié, donna pour instructions : « On trouvera de l'eau à trois mètres environ. Voici les conditions : qu'on élève une statue à Saint Joseph et, plus tard, une chapelle en son honneur qui deviendra un lieu de pèlerinage ». On trouva en effet de l'eau, et un pèlerinage fut instauré. La chapelle consacrée à Saint Joseph fut construite et bénie en 1932. 

Lors de la Deuxième Guerre Mondiale, le couvent de Montluzin a été au centre de terribles combats et d'un effroyable massacre. En juin 1940, l'armée française est défaite et l'armée allemande déferle sur l'ensemble du pays. Le gouvernement militaire de Lyon tente d'établir une ligne de résistance au pied de l'éperon du Mont d'Or. Le soir du 17 juin, une quinzaine de soldats français et une quarantaine de tirailleurs sénégalais se présentent à la mère supérieure du couvent, Mère Clotilde Cauchard, sollicitant de pouvoir installer en ce lieu leurs batteries. Dans la journée du 19 juin 1940, soldats de l'Armée française et soldats allemands du régiment « la Grande Allemagne » s'affrontent durement, mais les défenses françaises tombent et le couvent est envahi par les unités ennemies. Les soldats allemands se vengeront en exterminant, ce jour-là et les jours suivants, tous les soldats africains qu'ils trouveront, au couvent et dans les environs, soit 188 victimes ! Mère Clotilde se préoccupa de faire ensevelir les corps. Depuis novembre 1942, ceux-ci reposent dans la nécropole nationale du « Tata » de Chasselay. Un émouvant sanctuaire.

Christian Delorme