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Edito de Novembre 2017

 Bientôt une nouvelle manière de dire le 

« Notre Père » !

Depuis cinquante et un ans (depuis 1966), catholiques et protestants francophones nous avons appris – et répété chacun un nombre incalculable de fois – une version du « Notre Père »...  que nous allons être conduits à « réajuster » suite à un laborieux travail théologique, et suite à une décision prise conjointement par la Conférence des évêques de France (avec l'assentiment des instances romaines) et les autorités luthériennes et réformées françaises. Cette nouvelle traduction du texte grec original était déjà contenue dans la nouvelle traduction liturgique francophone de la Bible mise en vigueur en 2014 ; elle va désormais faire partie de la récitation orale publique à partir du 3 décembre prochain, soit à partir du premier dimanche de l'Avent.

 

En fait, le changement que nous allons devoir intégrer ne porte que sur une phrase, la sixième demande du « Notre Père ». Alors que depuis cinquante et un ans nous disons : « Et ne nous soumets pas à la tentation », bientôt nous devrons dire ensemble « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ». « Pas de quoi fouetter un chat ! » diront certains... mais il n'est pas facile de rompre avec des habitudes, surtout quand il s'agit de la prière la plus mémorisée et la plus récitée par les chrétiens ! 

Pourquoi cette modification ? L'Église nous faisait-elle proclamer auparavant une grave erreur théologique ? En fait, cette demande, que l'on trouve chez Matthieu 6, 13 et chez Luc 11, 4, est exprimée, dans le texte grec ancien, avec une forme stylistique sémitique difficile à traduire en français. Avant les réformes liturgiques nées du Concile Vatican II, les versions françaises du texte latin  disaient «  Ne nous induis pas en tentation » (« et ne nos inducas in tentationem »), mais dans les années 1960, on a considéré que le verbe « induire » n'appartenait pas au vocabulaire courant et devait être remplacé. Seulement, la traduction choisie à l'époque, même si elle n'était pas une mauvaise traduction du grec... portait à confusion. En effet, elle pouvait laisser entendre que Dieu nous soumettrait à la tentation, qu'Il nous solliciterait au mal ! Or on ne saurait imaginer le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ « jouer avec nous », essayer de nous faire tomber dans le péché. Dans le Nouveau Testament, dans la Lettre de l'apôtre Jacques, il est d'ailleurs bien précisé : «  Dans l'épreuve de la tentation, que personne ne dise : « Ma tentation vient de Dieu ». Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et Lui-même ne tente personne » (1, 13). On ne peut être plus clair !

 

Dans le récit des « tentations de Jésus » que fait l'évangéliste Matthieu, on lit : «  Jésus, après son baptême, fut conduit au désert par l'Esprit pour être tenté par le démon » (4, 1). Ce n'est pas l'Esprit divin qui soumet Jésus à la tentation ! Celui-ci amène le Fils de Dieu à accepter l'épreuve de la tentation afin d'assumer pleinement la nature humaine qu'il a revêtue. Et dans le « Notre Père », ce à quoi Jésus nous appelle avec cette sixième demande, c'est à prier le Père pour qu'Il nous épargne de nous retrouver dans une situation telle que notre fidélité envers lui soit en péril.                   

Christian Delorme