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Edito de Février 2019

 

Permettre que la parole circule... et soit écoutée !

 

L'actualité en France, ces trois derniers mois, a surtout été marquée par ce qu'il est courant d’appeler « la révolte des gilets jaunes ». Selon les régions, selon les villes, cette « jacquerie » moderne – qui s'est développée avant tout grâce aux réseaux sociaux – a été plus ou moins vigoureuse, plus ou moins perturbatrice de l'ordre habituel des choses. Les grandes métropoles comme Lyon, ont connu moins de mobilisation protestataire que des régions moins riches et éloignées de tous les grands centres de décision. Mais ce n'est pas pour cela que nous pourrions nous en désintéresser ! Car, ce à quoi nous assistons tous depuis quelques semaines, c'est à une crise profonde de notre société, révélatrice de grandes souffrances parmi les populations de notre pays, qui est aussi symptomatique d'une défiance de plus en plus courante à l'égard des institutions de notre Démocratie représentative.

Il y a déjà eu beaucoup de violences à la faveur de cette révolte, avec des morts (accidentels) et des blessés (au cours des affrontements entre manifestants ou casseurs et forces de l’ordre). On ne peut oublier, en particulier, l'Arc de Triomphe profané, le gendarme mobile roué de coups par un ancien champion de boxe ayant « pété les plombs », ou la grave blessure à l'œil d'une des figures les plus médiatisées des « gilets jaunes ». Le mouvement d'origine citoyenne (des chauffeurs routiers s'insurgeant contre la flambée des prix des carburants) a vite été infiltré à la fois par des éléments d'extrême droite et d'extrême gauche (le Rassemblement National de Madame Marine Le Pen et la France Insoumise de Monsieur Jean-Luc Mélenchon cherchant à en récupérer les bénéfices) et par des « casseurs » n'ayant d'autre préoccupation que celle de « se payer du flic ». Mais cela ne saurait nous empêcher d'entendre les plaintes de beaucoup de nos concitoyens, qui ne parviennent pas à « joindre les deux bouts », dont les salaires ou les retraites sont trop bas par rapport au coût de la vie. De même, ce mouvement aura mis en évidence le fait que toute une partie de nos compatriotes a le sentiment de n'intéresser personne, de n'être écouté d'aucun des lieux de pouvoir (politique, économique, médiatique, culturel...) de notre société. Ainsi, ces évènements témoignent de manière aigüe de la « fracture sociale » – déjà diagnostiquée en 1995 par le candidat à la présidence de la République Jacques Chirac – qui sépare « ceux qui s'en sortent » (parfois très très bien) et ceux qui restent « en marge », ceux qui se vivent comme étant des « déclassés ». Cette « fracture sociale » constitue d'ailleurs une des principales raisons du soutien populaire dont bénéficient toujours les « gilets jaunes ».

L'Église, les chrétiens ne peuvent se montrer sourds par rapport à tous ces cris. Une partie d'entre les baptisés, d'ailleurs, appartient à ce peuple des « déconsidérés » ou « déclassés » ! Les évêques de France ont tenu à avoir à ce propos  une parole qui se veut performative. Car si des gens bloquent des « ronds-points », c'est notamment pour en retrouver d'autres avec qui parler ! C'est pour tenter de faire entendre une parole habituellement méprisée. Soyons donc, au moins, de ces « écoutants » nécessaires et, si possible, de ces « facilitateurs de parole », car la violence nait de l'absence de dialogue !

 

Christian Delorme