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Edito de Novembre 2018

« Plus jamais la guerre ! »

Quand j'ai atteint l'âge de quinze ans (c'était en 1965), il y avait seulement vingt ans que s'était achevée la Deuxième Guerre mondiale, et pas plus de cinquante années nous séparaient des débuts de la Première. Mais ces conflits me paraissaient appartenir à une histoire très lointaine, et j'avoue que je ne comprenais pas les commémorations qui en étaient faites. Maintenant que j'ai vieilli, je vois les choses bien différemment ! Je mesure combien il est important de ne pas oublier et d'entretenir la mémoire des tragédies passées, pour nous donner les opportunités de ne pas avoir à les revivre ! Tant d'erreurs pourraient être évitées si on prenait davantage en compte les leçons du passé ! Las ! Les peuples comme les individus ont trop souvent la mémoire courte. L'actualité de ces derniers temps nous en fournit nombre d'exemples, avec l'arrivée au pouvoir, dans plusieurs pays du monde, de régimes populistes nationalistes et haineux qui rappellent beaucoup trop les régimes politiques qui ont surgi en Europe dans les années 1930.

 

La Guerre de 14-18 fut une sorte de guerre civile européenne, dans laquelle s'opposèrent –souvent sans comprendre pourquoi et pour les intérêts de qui–, des peuples qui étaient majoritairement composés de baptisés. Elle régla si peu de choses, que vingt-cinq ans après, nos pays étaient de nouveau plongés dans une violence paroxysmale ! Par la suite, avec la grâce de Dieu, du fait de l'intelligence, de la spiritualité et de l'humanisme de quelques hommes (Konrad Adenauer, Jean Monnet, Robert Schuman, Alcide de Gaspari...), nous avons assisté à une réconciliation fantastique des peuples qui s'étaient précédemment déchirés, et la création de l'Union Européenne nous a offert une paix et une prospérité de plus de soixante-dix années jamais connues auparavant dans l'histoire. Ailleurs dans le monde, malheureusement, les guerres n'ont jamais déserté la vie des hommes, de nouvelles venant prendre en permanence la place de celles qui pouvaient enfin s'achever. D'autres génocides (Cambodge, Rwanda...) ont succédé à la Shoah, et des pays plein de promesses ont été complètement détruits, particulièrement au Proche-Orient.

Les Églises ont toujours eu, plus ou moins, le souci de la paix des peuples (On se souvient de la « Trêve de Dieu » instaurée en Europe au Moyen-Âge pour limiter les destructions dues à la guerre au sein des nations chrétiennes). À partir du pape Jean XXIII et de son encyclique « Pacem in terris » (11 avril 1963), le magistère de l'Église catholique a considéré que la paix entre les nations et dans les nations, la paix pour tous les peuples quelles que soient leurs appartenances religieuses ou philosophiques, constituait une exigence évangélique, et tous les papes qui se sont succédé depuis se sont tous présentés comme des pèlerins de la paix. Comment, à ce sujet, ne pas nous rappeler le cri du Pape Paul VI à la tribune des Nations Unies à New York le 4 octobre 1965: « Plus jamais la guerre ! » ?

Nous sommes, hélas ! bien loin de ce résultat. Mais chacun doit néanmoins porter en lui ce désir, et contribuer comme il le peut à l'empêchement des conflits, à leur réduction et à leur résolution (par la prière, par l'entretien de relations d'amitié avec des ressortissants d'autres pays, par l'engagement associatif ou/et politique en faveur de la justice internationale et de la démocratie...). C'est ce pourquoi existe d'ailleurs le Mouvement international catholique Pax Christi dont parle ce numéro de notre bulletin.

Christian Delorme