A+ A A-

Edito de Juin 2019

Vivre Dignement Notre Évangile 

Il y a quelques mois, toute une partie de notre communauté paroissiale s'engageait dans la création de l'association Vivre Dignement dans Notre Métropole, afin d'exercer une solidarité humaine élémentaire avec les jeunes migrants qui arrivent dans notre agglomération après avoir parcouru des milliers de kilomètres, sur terre et sur mer, et après avoir généralement vécu des épreuves épouvantables. Ce faisant, c'est la dignité inaliénable de ces frères en humanité que nous avons tenu à reconnaître, mais c'est aussi... notre dignité d'hommes et de femmes conscients de la richesse de tout être humain et également notre dignité de disciples du Christ que nous avons voulu affirmer et nourrir. Dans un message publié le 27 mai en vue de la 105ème Journée du migrant et du réfugié (fixée cette année au dimanche 29 septembre), le pape François abonde dans ce sens. « Il ne s'agit pas seulement de migrants ! » annonce le titre de sa déclaration, car dans un monde « chaque jour plus élitiste et cruel envers les exclus », la cause des migrants concerne « nous tous » ( … ), le présent et l'avenir... de la famille humaine ». Le pape rappelle qu'il s'agit, dans tous les cas, de « mettre les derniers à la première place », la vraie devise du chrétien devant être non pas : « moi d'abord et les autres après », mais : « d'abord les derniers ! ».

Jean Vanier, le fondateur des Communautés de l'Arche et du mouvement Foi et Lumière, décédé récemment, avait fait ce choix depuis longtemps, comme l'avaient fait avant lui bien d'autres (parmi nos contemporains : Mère Teresa de Calcutta, l'Abbé Pierre, le Père Joseph Wresinski, Gabriel Rosset, Sœur Emmanuelle, le Père Pierre Ceyrac...) et comme le vivent des milliers et des milliers de par le monde. Nous autres qui n'avons évidemment pas la stature de ces « géants de la charité », même si nous ne parvenons pas à mettre vraiment en application cette devise dans nos existences, nous savons bien cependant que c'est là que se trouve « la pointe » de la vocation évangélique, et nous ne saurions renoncer à l'incarner au moins un peu.

Ces derniers mois  – et le contenu de ce numéro de « En Marche » en parle encore – notre Église a été secouée par la révélation de multiples scandales qui ont mis au grand jour d'effroyables perversions et abus de pouvoir. Nous en sommes tous meurtris et pour longtemps. Ce dévoilement d'un grand péché auquel ont contribué beaucoup de prêtres à travers le monde, nous met en face des fragilités du Corps du Christ, et nous dit que chaque fois que nous perdons de vue le commandement évangélique du lavement des pieds des frères et l'exigence de la priorité donnée aux plus petits, alors surgit le risque de trahison. La secousse est terrible, mais on peut la considérer aussi comme salutaire. En effet, elle oblige à un redressement, à des examens de conscience, à une remise en cause de certains fonctionnements cléricaux, à de nouvelles vigilances.

Qu'attend le monde ? Il a besoin de davantage de charité, de davantage de tendresse, de davantage d'attention et de respect dispensés aux uns et aux autres, de plus de fraternité et de justice. Or c'est là le cœur de l'Évangile. En nous montrant frère ou sœur des plus petits et des plus souffrants de notre monde, nous vivrons dignement notre attachement au Christ et nous serons assurément missionnaires !

Christian Delorme