Edito de Juillet 2020

Eglise « numérique » et Eglise « présentielle »

La pandémie du covid-19 nous a amenés à modifier déjà beaucoup de choses dans nos comportements, et ce phénomène est probablement loin d'être terminé. Ainsi, par rapport à d'autres pays européens développés, la France accusait un réel retard en matière de télétravail. Les semaines de confinement ont fait que ce retard a été en grande partie rattrapé, et désormais toute une part des employés de notre pays va exercer autrement son activité professionnelle.

L'incitation à la « distanciation physique » (concept quelque peu terrifiant si l'on y pense, puisqu'il laisse supposer que la proximité avec l'autre – le « prochain » ! – peut être dangereuse !) a aussi bouleversé la vie de l'Eglise, en conduisant diocèses et paroisses à inventer d'autres formes de mise en relations, dès lors que les rencontres et les célébrations étaient proscrites. C'est ainsi que le « numérique religieux », c'est-à-dire l'offre religieuse en ligne sur la Toile d'Internet, s'est énormément développé ces derniers mois, et que cette tendance va aller en s'accentuant.

Il y a déjà une vingtaine d'années que le numérique a commencé à s'implanter sérieusement dans nos Eglises. Les grands ordres religieux ont été parmi les premiers (dominicains, jésuites, carmes, bénédictins...) à proposer des offres spirituelles en ligne (y compris des « retraites en ligne »). Sites web de congrégations, de diocèses et de paroisses nous sont devenus familiers depuis longtemps. Mais progressivement s 'est aussi développée (y compris au niveau du Siège pontifical !), l'utilisation des médias dits « sociaux » tels que Facebook, Twitter, Instagram et YouTube. Blogs et applications au contenu religieux (telles les applications de prière pour smartphone, dont l'Office des heures) ne se comptent plus, tout comme les « chaines chrétiennes » sur YouTube. Réalité notable : les expressions religieuses en ligne sont majoritairement assez traditionalistes, tandis que les approches plus réformistes, réflexives ou critiques sont beaucoup moins présentes.

Durant le confinement, beaucoup de paroisses – et prioritairement celles dirigées par des prêtres et des laïcs trentenaires ou quadragénaires qui ont grandi avec l'émergence du numérique –, ont fait preuve de beaucoup de créativité et multiplié les offres. Ainsi pouvons-nous dire que nous sommes entrés dans un temps « d'évangélisation numérique », voire celui « d'une Eglise numérique ».

Cette évolution peut dérouter les plus anciens (et j'en suis désormais !), pour qui la rencontre physique réelle (on emploie maintenant l'expression « en présentiel » pour dire quand les gens sont bien là en chair et en os !) reste essentielle. Mais c'est un fait que le monde change, que les nouvelles générations instaurent d'autres rapports au monde, aux autres, à la connaissance, et inventent de nouvelles manières d'être en relation et en communication. Cette présence de l'Eglise sur le Net doit donc plutôt nous réjouir, car il faut rejoindre le monde avec ses outils, sa culture. En même temps, le cœur de l'expérience chrétienne ne saurait se passer du contact direct. L'eucharistie, en particulier, ne peut pas être que « virtuelle » : il faut que le pain et le vin soient bien là, et qu'ils soient consommés en communauté pour nous constituer Corps du Christ !

 Christian Delorme