L’Eglise est une Servante

barbarin

Éditorial (Église à Lyon, n°7, juillet-août 2009).

Durant les trois années à venir, un projet diocésain nous amènera à approfondir un aspect essentiel de notre mission de disciples du Christ : « Servir l’homme tout entier ».
La vocation de l’Église, et donc de notre diocèse, c’est de tout faire pour que l’Amour du Père atteigne chacun de ses enfants. L’Église est une servante, décidée à suivre son Seigneur, que l’Écriture présente comme le Serviteur. Après avoir lavé les pieds de ses disciples, Jésus leur dit en effet : « Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.

 

C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Jean 13, 13-15). Benoît XVI, s’inspirant d’une expression de saint Paul (2 Cor 1, 24), a dit dès le premier jour de son pontificat, que l’Église est une « servante de la joie en ce monde ».

Dans notre société, le souci de la santé et du sport, de la formation intellectuelle, de la réussite professionnelle et matérielle, de la performance sous toutes ses formes risque de faire oublier l’attention à « l’homme tout entier », dont parle saint Paul : « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entier et qu’il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps, pour la venue de Notre Seigneur Jésus Christ » (1 Thes 5, 23). Lorsqu’on insiste exclusivement sur l’un ou l’autre de ces aspects de notre humanité, on commence à dévier vers l’idolâtrie et lorsqu’on néglige l’un d’eux, on risque de blesser ou de mutiler l’homme.


Nous avons à témoigner que, dans une époque de crise économique et sociale, même quand l’Église est sévèrement critiquée par les médias et dans la société, elle veille à rester proche des blessés de notre monde, elle partage, comme dit le Concile Vatican II, « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de ceux qui souffrent » (G.S.1). Servir est sa vocation.


Un parcours de trois ans et une fête diocésaine.
Nous consacrerons une première année au corps (2009-2010), en abordant les questions qui touchent la santé, la nourriture, la sexualité, le handicap, la danse et le sport… L’année suivante (2010-2011), nous réfléchirons à « l’âme », au sens que saint Paul donne à ce mot (psychè) : l’éducation, la personnalité, la profession, la psychologie, l’art et la culture… Et la troisième année (2011-2012), à la lumière de l’Esprit Saint, nous verrons comment servir la vie de « l’esprit » : la foi, l’espérance et la charité, la joie, la prière, l’intériorité, la douceur et l’humilité…


Pour chaque année, il est prévu :
• Une équipe de préparation, coordonnée par Mgr Thierry Brac de la Perrière.
• Des passages de l’Écriture, d’autres textes et des éléments de réflexion, proposés par le Service diocésain de formation [http://www.sedif-lyon.cef.fr/recueil_textes_annee_corps09.pdf].
• Une ou plusieurs figures du diocèse de Lyon, en particulier.
• Un sacrement à redécouvrir et à mettre en valeur.
• Le choix d’un aspect du « thème d’année » pour la fête du 8 décembre, les conférences de carême à Fourvière, la récollection diocésaine.
• Une réalisation concrète de valeur symbolique : pose de la première pierre d’une maison pour aider ceux qui veulent se libérer de la toxicomanie, ouverture de l’église Saint-Thomas à Vaulx-en-Velin.


À l’entrée de la troisième année, avant la Toussaint, aura lieu un grand rassemblement, « Ecclesia 2011 [http://lyon.catholique.fr/?Ecclesia-2011] », autour de l’Évangile des Béatitudes. Nous demandons à tous de retenir la date du dimanche 23 octobre 2011 pour cette fête diocésaine. Le Conseil pastoral diocésain a déjà commencé à réfléchir à sa préparation et fait appel aux bonnes volontés.


Des textes d’Évangile majeurs.

On se rappelle l’image de Diogène parcourant les rues avec sa lanterne, à la recherche d’« un homme ». En fait, un homme qui soit vraiment « à l’image et à la ressemblance de Dieu », il n’y en a qu’un, c’est celui dont l’hymne aux Colossiens dit : « Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature. »

Les Béatitudes (Mat 5, 1-11) serviront d’axe majeur pour ces trois années, et de point d’aboutissement. Quand Jésus commence sa prédication par cette proclamation, il montre quel est le vrai visage de l’homme. Il nous décrit le sien (c’est un autoportrait), et nous montre comment y configurer le nôtre.


De nombreux autres passages de l’Évangile pourront éclairer notre marche, à commencer par le texte de la Transfiguration (Luc 9 28-36 et par). Sur la montagne, nous est montré le vrai visage de l’homme dans la lumière de Dieu. Grâce à ce texte, on pourra mettre en valeur la dimension ultime du chemin et du mystère de l’homme… « pour la venue de Notre Seigneur Jésus Christ. »


On apprend beaucoup sur l’attitude de Jésus serviteur en le contemplant au lavement des pieds, déjà mentionné (Jean 13, 1-17), en suivant le déroulement d’une journée à Capharnaüm où Jésus se montre si proche de l’homme blessé (Marc 1 et 2) ou en reprenant sa conversation avec la Samaritaine, si complète : il y est question du corps « Donne-moi à boire », puis de son coeur « Va, appelle ton mari », puis de l’adoration « en esprit et en vérité » (Jean 4, 5-26).


Un regard sur « l’année du corps »


Le service diocésain de la « Pastorale de la santé [http://sante-lyon.catholique.fr/] », autour du père Bruno-Marie Duffé, prend une part active à la préparation de cette année qui commencera par la célébration de l’Eucharistie, le vendredi 11 septembre [http://lyon.catholique.fr/?Lancement-de-l-annee-du-corps-Lyon], à 19h à la primatiale. Guérir et sauver sont des mots de la liturgie, et la santé, comme tout ce qui touche au corps, est un défi spirituel. De nombreuses initiatives sont prévues, comme un rassemblement des personnes handicapées, le samedi 3 octobre [http://lyon.catholique.fr/?Pour-former-un-seul-corps-Lyon]. Le diocèse de Saint-Étienne nous invite à participer à des « Assises chrétiennes du jeûne », le 13 février [http://sante-lyon.catholique.fr/spip.php?article89]. Jean Vanier a promis sa venue pour la retraite diocésaine des 6 et 7 mars [http://lyon.catholique.fr/?Retraite-diocesaine-2010-Lyon], et il donnera une conférence de carême à Fourvière. Autour de l’Ascension (13-15 mai [http://lyon.catholique.fr/?Assises-provinciales-de-la-Sante]), sont prévues des « assises provinciales de la santé », au Domaine Lyon Saint Joseph.


Dans nos différentes communautés, nous essaierons de mettre en valeur le sacrement de l’onction des malades. Au long de l’année, nous serons accompagnés par la figure de Gabriel Rosset, dont le procès de béatification est en cours, à Rome. Ce professeur consacrait ses soirées et ses nuits aux plus pauvres. À Lyon, il a lancé la grande aventure, si vivante encore cinquante ans plus tard, de « Notre-Dame des Sans-Abri ». Toute l’année, nous aurons à l’oreille la recommandation du Bon Samaritain à l’aubergiste chez qui il vient de déposer l’homme blessé qu’il a ramassé au bord du chemin : « Prends soin de lui » (Luc 10, 35).


Le pape vient de proposer que l’année 2009-2010 soit une « année du sacerdoce [http://lyon.catholique.fr/?Une-annee-pour-le-sacerdoce] », à l’occasion du 150e anniversaire de la mort du Curé d’Ars. Cette demande nous tient à cœur et nous la vivrons en même temps que la démarche proposée pour « l’année du corps ». Il est d’ailleurs important, lorsque nous approfondissons la notion chrétienne du corps, de penser au corps eucharistique, au corps de l’Église et à la fraternité des prêtres.


La participation de tous et la place de la diaconie.


Ce chemin sera une bonne occasion pour réveiller en nous l’esprit de service, aspect essentiel de notre vocation baptismale. On aura aussi à coeur de montrer la beauté de la vocation diaconale. La présence des diacres dans le milieu de la santé, dans le monde de l’éducation, de la famille et de la pastorale des jeunes rappelle à l’Église entière qu’elle est une servante. Dès le mois de septembre, un diacre partira avec son épouse et leurs deux fils à Madagascar. Tous deux sont infirmiers, ils se mettront au service des plus pauvres, dans cette île lointaine, lorsque nous, ici, nous commencerons « l’année du corps ».
Avec la force habituelle de sa parole, saint Jean Chrysostome écrit : « Tu veux honorer le corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu’il est nu. Ne l’honore pas ici, dans l’église, par des tissus de soie tandis que tu le laisses souffrir dehors du froid et du manque de vêtements… ».


Cardinal Philippe Barbarin