Edito de Février 2017

Prendre soin les uns des autres

Voici quelques jours, plusieurs curés de la Métropole de Lyon se sont retrouvés dans un atelier de réflexion consacré au thème de la «responsabilité curiale» et de son partage avec les baptisés de leurs communautés paroissiales (notamment les EAP, Equipes d'Animation Pastorale). En quoi la charge de curé est-elle – ou non – spécifique par rapport à la mission de tout prêtre ? Et si l'on peut distinguer responsabilité du curé et responsabilité de tout prêtre non-curé, cela pourrait-il indiquer que cette charge pourrait être assurée, dans l'avenir, par des personnes qui ne sont pas prêtres, du fait de la diminution du nombre des membres du clergé et du vieillissement de ceux qui restent ?

 

On imagine que le débat fut animé et riche. Pour plusieurs, il apparaissait impensable de séparer charge de curé et sacerdoce ministériel et cette seule évocation d'une séparation les révoltait profondément. Pour d'autres, en revanche, la distinction entre cette charge et l'état sacerdotal est devenue nécessaire si l'on ne veut pas se résoudre à avoir, en Europe Occidentale particulièrement, des communautés chrétiennes composées de vieillards et guidées par des vieillards ! Evidemment, la question – qui relève de l'Eglise Universelle et du Magistère Romain – n'a pas été résolue, mais il est instructif de relever ce qui a été avancé comme caractéristiques principales de la responsabilité de curé.

Les mots et expressions qui sont revenus dans la bouche des uns et des autres pour désigner la fonction de curé sont ceux-ci (il n'y a pas à chercher d'ordre hiérarchique dans cette énumération) : pasteur, disciple du Christ, envoyé par l'évêque et collaborateur de celui-ci, père de la communauté, frère de tous, serviteur de ses frères, rassembleur, guide, celui qui apporte le Christ par les sacrements, accompagnateur, celui qui porte les hommes dans sa prière et les offre à Dieu, célébrant, animateur, chef de projets, directeur des ressources humaines, enseignant, prédicateur, formateur, accompagnateur, celui qui appelle les baptisés à être acteurs dans l'Eglise, celui qui annonce l'Evangile au monde, missionnaire...

Parmi ces désignations, peu d'entre elles semblent vraiment indissociables de l'ordination sacerdotale (en particulier : la capacité d'apporter le Christ aux autres par les sacrements de l’Eglise). Les autres renvoient à des responsabilités dont sont capables beaucoup de baptisés. Prendre conscience de cela ne suffit pas, évidemment, à résoudre la problématique de l'avenir du sacerdoce et de nos communautés chrétiennes. Mais cela présente au moins l'avantage de nous interpeller tous sur notre capacité à nous associer à la mission du curé. En n'oubliant pas que ce vocable de «curé», vient du verbe latin «curare» qui signifie «prendre soin»...

Christian Delorme