A+ A A-

Bible et Ecologie

ecologieOn dit volontiers, sur la base d’une affirmation de l’historien américain Lynn White, que les crises écologiques actuelles ont leur origine dans la tradition judéo-chrétienne. Cette tradition serait à l’origine d’une relation faussée entre l’homme et la nature. Elle ferait en effet de l’homme le maître dominant et orgueilleux de la nature, lui donnant tout pouvoir sur cette nature, lui inspirant des comportements de prédateur aux effets parfaitement destructeurs. Que dit effectivement l’Écriture ? Apporte t-elle un éclairage particulier sur la relation entre l’homme et la nature et ses développements contemporains ? Tyran ou serviteur ? La structure de la Bible est ainsi faite que la thématique de la relation entre l’homme et la nature est posée dès le commencement, dès le livre de la Genèse, pour bien signifier le caractère fondateur de cette question traversant toute l’histoire de l’humanité.
La raison d’être de l’Écriture est de donner le sens profond de cette relation structurante à une destruction annoncée, mais le juste positionnement de l’homme au sein de la création, un positionnement qui repose sur la reconnaissance de la nature comme d’un bien précieux à entretenir, et la conscience de la solidarité profonde entre l’homme et le reste de la création. L’homme, non seulement ne peut pas vivre, mais ne peut pas s’accomplir selon le dessein de Dieu, en dehors de ce lien avec la terre qui le porte. De là l’importance de ce juste positionnement par rapport à elle, qui doit se traduire dans un style de vie humainement et écologiquement responsable. La Bible nous invite à retrouver un vrai rapport à la terre, ce rapport qui était bien marqué dans l’Ancien Testament. Un certain degré de simplicité dans le style de vie favorise la redécouverte de la création comme don de Dieu, promesse de vie et motif de louange et d’action de grâce. Seigneur, à la manière dont lui est seigneur de l’univers, non pas comme un tyran, mais comme un serviteur. Il le met en position de régisseur dévoué et attentif au lendemain. Il« l’établit dans le jardin d’Eden pour cultiver le sol et le garder » (Gen 2.15) et non pas pour dominer et exploiter. Il renouvelle le contrat dans les mêmes termes avec Noé au sortir de l’arche. Modération vis-à-vis de la création Tout au long de l’Ancien Testament est préconisée la modération vis-à-vis de la création. L’invention du shabbat correspond à la volonté de laisser non seulement l’homme, mais aussi la nature se reposer. Tous les sept ans la terre est laissée en jachère pour les mêmes raisons. Cette modération n’est pas seulement le fait d’une bonne économie de gestion de la terre. Elle est la marque du respect et de l’amour qu’on a pour l’oeuvre de Dieu, dont nous avons vocation à disposer.Elle ne nous est pas offerte pour que nous l’exploitions à notre guise, mais pour que de l’homme et de la nature. D’entrée de jeu il convient d’écarter l’impression que la Bible définit pour l’homme un titre de propriété sur la nature. S’il est dit à deux reprises au moins dans la Genèse que l’homme est appelé à « soumettre la terre (Gén 1.28), à « être la crainte et l’effroi de tous les animaux de la terre et de tous les oiseaux du ciel (Gén 9.1), il s’agit d’un appel à dynamiser les ressources qui sont en l’homme, dans un contexte d’abattement, au moment de l’exil du peuple d’Israël à Babylone. On ne peut bien comprendre la teneur écologique de ces textes que si on les met en rapport avec l’ensemble des textes bibliques qui parlent du rapport entre l’homme et la nature. Ce que nous enseigne la Genèse dès le commencement c’est que la création est un grand projet de Dieu, dont Dieu a vu « que cela était bon », que l’homme occupe une place à part dans ce projet, celle d’un protagoniste, d’un coopérateur, qu’il peut donc être considéré comme le bénéficiaire d’un somptueux cadeau, si bien que la forme fondamentale de son protagonisme est de respecter et d’aimer le don qui lui est fait. La Bible revient à plusieurs reprises sur le contrat qui constitue la base de la relation entre l’homme et la nature. Dieu confie sa création à l’homme pour qu’il en soit nous en ayons le bénéfice pour le bonheur de l’homme et la gloire de Dieu. Cette modération constitue donc surtout une nouvelle manière d’être au monde. Le Deutéronome rappelle que le fondement de la relation à la terre n’est pas simplement de trouver les moyens de survivre, mais qu’il est de « choisir la vie » (De ut 30.19).Au moment où l’homme est mis en face de ses excès de consommation, des dégradations qu’il a infligées à la nature, et surtout des menaces qui pèsent sur l’avenir de cette terre trop exploitée et trop polluée, le message biblique est d’une brûlante actualité. Il trace les contours d’une qualité d’être par rapport à la nature, d’une attitude de modération, de respect et d’amour qui n’est pas seulement un contre-feu.
Mgr.Marc Stenger Evêque de Troyes Président de Pax Chriti en France